Perspectives

Intéresser les investisseurs aux arts

Par Samantha McDonald, directrice, Développement du marché

Mars 2026

Près de trois ans après le lancement du Fonds de finance sociale (FFS) du gouvernement du Canada, le déploiement des capitaux à impact va bon train. Les investissements affluent dans les secteurs de l’agriculture, de la santé et du logement, contribuant ainsi, conformément à l’objectif principal du FFS, au développement du marché canadien de la finance sociale et à la mobilisation de capitaux privés en faveur du bien commun.

Le secteur des arts et de la culture échappe toutefois largement à cette manne.

Ce n’est pas parce qu’il n’est pas capable de créer de l’impact. Les études montrent que les organisations culturelles génèrent d’importantes retombées sociales, économiques et communautaires partout au Canada. Le problème est plutôt d’ordre structurel. La finance sociale nécessite des mécanismes de financement adaptés ainsi que des organisations capables de recevoir et de déployer des capitaux remboursables. Dans le secteur culturel, cette infrastructure reste largement à construire. Investisseurs et organisations culturelles n’ont eu que peu d’occasions de mettre au point les outils, les cadres et les pratiques financières nécessaires à leur participation à la finance sociale. Certaines organisations de plus grande envergure ont certes accès à des modes de financement conventionnels, comme des prêts adossés à des actifs, mais pour la plupart des acteurs du secteur des arts, ces options restent hors de portée.

Nous travaillons à faire changer les choses.

 

Pourquoi les arts?

Nous sommes l’un des trois gestionnaires de fonds du FFS et, à ce titre, notre mandat consiste, non seulement à déployer des capitaux, mais également à contribuer au développement d’un marché propice au fonctionnement efficace de la finance sociale. Nous ciblons des secteurs, des populations et des régions historiquement mal desservis par la finance sociale, mais présentant un potentiel d’impact et d’investissement évident.

Les arts et la culture constituent clairement une des meilleures avenues pour remplir notre mandat.

Au Canada, les principales sources de financement du secteur des arts et de la culture se résument principalement aux subventions, aux dons de bienfaisance et aux revenus d’exploitation (comme la vente de billets). Ces sources de financement sont essentielles et doivent le rester; elles ne permettent toutefois pas de planifier à long terme, d’investir dans les infrastructures ni d’expérimenter de nouveaux modèles de revenus.

La Fondation Metcalf a très tôt compris le rôle que la finance sociale pouvait jouer dans le secteur culturel et interpelle depuis des années les acteurs du milieu et les bailleurs de fonds, dont Upkar Arora, le PDG de Rally. Aujourd’hui, Metcalf et Rally Assets lancent conjointement (avec notre soutien) un programme baptisé « Arts et finance sociale », visant à ouvrir l’accès à des capitaux remboursables, par l’intermédiaire d’un fonds spécialisé, pour offrir un levier de financement additionnel et complémentaire aux organisations artistiques et culturelles.

 

Passer des subventions au financement mixte

Ce fonds pour les arts reposerait sur une structure de financement « mixte », combinant investissements publics, philanthropiques et privés. Ce modèle permettrait de mobiliser de nouvelles sources de capitaux, tout en assurant une gestion des risques adaptée à la fois aux investisseurs et aux organisations culturelles.

Le potentiel est énorme. En mobilisant des capitaux remboursables et flexibles, le fonds pour les arts entend :

  • Attirer de nouveaux investisseurs vers le secteur culturel, notamment des institutions philanthropiques, des investisseurs à impact, des particuliers fortunés et des entreprises partenaires;
  • Montrer que les arts et la culture ont un vrai rôle à jouer sur le marché de la finance sociale;
  • Aider les organisations culturelles à accéder aux capitaux nécessaires à leur croissance, au développement de leurs infrastructures et à l’exploration de nouveaux modèles d’affaires pérennes.

L’élaboration d’un fonds capable d’atteindre tous ces objectifs va bien au-delà de la simple mise en commun de capitaux; elle suppose la mise en place d’une architecture financière qui permette aux différents types de capitaux de fonctionner efficacement ensemble. Il s’agit de structurer cet ensemble de capitaux de manière à assurer un partage équilibré des risques publics et privés, à harmoniser les attentes des investisseurs et à mettre en place des cadres de gouvernance propices à une gestion responsable des capitaux. Cela passe par la structuration de capitaux de première perte et de capitaux catalytiques dans une optique de réduction des risques, par la mobilisation de nouveaux investisseurs et l’élaboration de la crédibilité institutionnelle nécessaire pour attirer des investissements à long terme.

 

Préparer le secteur à l’investissement

À lui seul, le fonds ne suffira pas à transformer le rapport du secteur culturel au financement. Pour de nombreuses organisations du domaine des arts, la finance sociale demeure un monde inexploré; elles auront donc besoin d’accompagnement pour se préparer à l’investissement.

Cette préparation à l’investissement suppose une meilleure compréhension, l’acquisition de nouvelles capacités, des changements de pratiques et, dans certains cas, de culture organisationnelle. Pour de nombreuses organisations culturelles, il s’agira d’une première incursion dans le monde du financement, que ce soit pour des projets d’immobilisations (installations, rénovations), des besoins en fonds de roulement ou du financement relais, ou encore pour des idées de bonification des revenus, qu’elles soient directement liées à la mission (comme la valorisation de droits de propriété intellectuelle) ou plus périphériques (comme l’exploitation d’un bar à vin sur site), dont les revenus seraient réinvestis dans la mission artistique.

Pour faciliter cette transition, le programme Arts et finance sociale jumellera le financement à un accompagnement complet qui permettra de renforcer la préparation des organisations à la fois avant et après l’investissement. Il offrira notamment :

  • Un renforcement des compétences financières et des pratiques de gouvernance;
  • Une optimisation des modèles d’affaires et des stratégies de revenus;
  • La préparation des documents financiers et des dossiers d’investissement;
  • La mise en place de cadres de mesure et de gestion de l’impact;
  • Le développement de réseaux entre pairs et le partage de connaissances au sein du secteur.

 

Les retombées en cas de succès

S’il atteint ses objectifs, le programme Arts et finance sociale pourrait entraîner des changements importants au sein du secteur des arts et de la culture.

Pour les organisations, l’accès à des capitaux remboursables pourra se traduire par une plus grande rigueur financière et une meilleure gouvernance et favoriser la planification et l’investissement à long terme. Elles pourraient acquérir de nouveaux outils pour stabiliser leurs activités, diversifier leurs sources de revenus et profiter d’occasions de croissance qui, autrement, resteraient hors de leur portée.

À l’échelle du secteur, l’introduction de capitaux remboursables permet de diversifier les sources de financement au-delà des subventions et des dons. Les capitaux peuvent être recyclés et redéployés, ce qui permet, à terme, d’en multiplier l’impact plutôt que de les utiliser une seule fois.

Plus largement, si l’on parvient à démontrer que les arts et la culture sont capables de mobiliser efficacement des capitaux remboursables, la perception qu’en ont les investisseurs et les décideurs publics pourrait changer. Des exemples à l’international, comme Figurative au Royaume-Uni (gestionnaire du Arts & Culture Impact Fund) ou Upstart Co-Lab aux États-Unis, montrent que la culture peut bel et bien attirer des investissements quand on met en place les bonnes structures.

 

La thèse d’investissement

Notre thèse d’investissement est simple.

Le programme Arts et finance sociale vise à démontrer que la culture peut attirer des investissements lorsque l’on déploie des capitaux remboursables qui renforcent la résilience des organisations, stimulent la transformation du secteur et mobilisent de nouvelles sources de financement. Le fonds cherche ainsi à positionner les arts et la culture comme un pan essentiel du marché canadien de la finance sociale.

Il reste encore beaucoup à faire, comme structurer les engagements de capitaux, peaufiner la conception du fonds, poursuivre l’accompagnement du secteur dans sa préparation et mobiliser les investisseurs. Mais le mouvement est en marche. Sous l’impulsion de Metcalf et grâce à une solide coalition de partenaires engagés (représentants des pouvoirs publics, investisseurs, leaders culturels), nous contribuons à poser les bases d’un nouveau chapitre du financement des arts et de la culture au Canada. Un secteur culturel fort, c’est finalement ce qui soutient toute l’infrastructure sociale qui fait vivre nos communautés et alimente la prospérité économique à long terme au Canada.

Pour en savoir plus sur l’intérêt de la finance sociale dans le secteur des arts et de la culture, consultez la série de billets de David Maggs (en anglais). David est chercheur associé en arts et société à la Fondation Metcalf et une des voix les plus influentes de la transformation du secteur culturel.

 

Discutons

Pour en savoir plus ou pour appuyer ce programme, communiquez avec nous :

  • Samantha McDonald (directrice, Développement du marché, Realize Capital Partners)
  • Jennie Tao (directrice des communications, Fondation Metcalf)